Il a bien mérité la pérennité de mon blogue... du moins, tant que Google et moi allons durer nous-mêmes, bien entendu!Puisse cette lecture vous en laisser un bon souvenir.
Papa était un Beauceron et il a toujours été fier de dire qu’il venait de la Beauce… Scott, Saint-Lambert-de-Lauzon, Saint-Isidore, Saint-Bernard, Sainte-Marie, Vallée-Jonction, ça, c’était son patelin. Je me souviens encore très bien de la maison familiale à Scott, avec entre autres la vieille pompe à l’eau à bras dans la cuisine. Mon père en avait hérité et il l’a toujours gardée précieusement. Je revois aussi dans ma tête des images du moment où notre grand-mère Marie-Anne Paradis avait été exposée dans le salon familial. Je me rappelle aussi parfaitement lorsque le grand-père Georges pleurait à chaudes larmes dans la chambre à côté.
Venant d’une famille de 16 enfants, notre père n’a pas été à l’école longtemps. Ça n’était pas trop à la mode dans ce temps-là. Très jeune, il travaillait déjà dans un camp de bûcherons. Il a connu la drave et les bonnes ‘beans’ grasses. Veuillez noter qu’il n’a quand même jamais eu de problèmes de cholestérol!
Pas besoin donc de vous dire que notre père savait manier une hache. Quand il m’arrivait de ne pas être capable de fendre une bûche, j’peux-tu vous dire qu’avec Hilaire elle ne résistait pas longtemps. Y’avait d’la swigne dans l’manche, comme on dit. Je l’ai déjà insulté ‘ben raide’ un jour que ça ne me tentait plus de fendre le bois à la hache. Je lui ai simplement fait la suggestion qu’on pourrait peut-être louer une fendeuse. Oh boy… j’ai eu ma réponse, ça n’a pas été long!
Même s’il n’a pas été à l’école longtemps, il a toujours gardé sa capacité de lire, d’écrire et de compter. En connaissez-vous plusieurs qui à 84 ans lisent le journal Le Devoir régulièrement et sont capables de tout comprendre ce qu’il y a dedans? Même moi, j’en perds de grands bouts. Mon père et ma mère ont toujours valorisé l’instruction et nous ont tout le temps encouragés à poursuivre nos études. Nous leur en sommes aujourd’hui reconnaissants.
C’est à Saint-Lambert que notre papa a rencontré maman. Il n’a pas pu résister aux charmes de cette belle jeune demoiselle Garneau, Françoise. Ils se marièrent le 26 juin 1948 et ils n’ont pas perdu de temps… le 11 avril de l’année suivante, j’arrivais! Ma sœur Lise a suivi un certain 10 octobre de l’autre année d’après. Je vous laisse deviner son âge… bonne fête Lise! Quant à notre frérot Denis, lui, il s’est fait attendre jusqu’au 15 août 1957. Remarquez que nous n’avons rien perdu pour attendre. En termes polis, disons qu’il a brisé quelque peu notre quiétude d’alors!
Papa a travaillé plus de 40 ans à l’usine de papier Domtar qui s’appelait au début la Canada Paper. Il a connu le charriage des gros rouleaux de papier à bout de bras. Il était fort notre père! Il était aussi habilleur de machine quand il y avait un ‘shot down’ de ‘sa’ machine à papier. Dans son cas à lui, c’est vrai de dire que l’usine lui appartenait!
Notre père a toujours été travaillant, il n’avait pas de ‘boutte’. Quand il finissait son ‘shift’ de minuit à huit au moulin, il partait ensuite travailler toute la journée un peu partout… chez mémère Castonguay, le docteur Fréchette, le notaire Adam, la Caisse populaire, etc.
C’est sûrement pour ça qu’il n’avait jamais le temps de sarcler le jardin. Il le faisait au début avec maman, puis après, c’est moi qui devais faire la job plate du sarclage. J’haïssais ça pas à peu près et je m'en souviens encore 50 ans après. Je crois aussi que mon père était carrément sexiste, parce que ma sœur Lise, elle, elle n’a jamais été obligée de sarcler!
Notre père aimait aussi magasiner chez Costco (le Club Price, anciennement). Il revenait toujours avec plein de choses… de grosses tartes aux pommes, d’énormes sacs de pamplemousses, du p’tit jus qu’il gardait dans son frigidaire en bas pour les petits-enfants. C’était toujours pour lui un grand bonheur de descendre dans la cave avec ses petits-enfants et de leur servir son bon p’tit jus, un mélange spécial qu’il leur préparait avec amour. Il les amenait aussi dans le jardin pour arracher des carottes… quel plaisir c’était pour eux. Ils ont été des petits-enfants choyés. Dommage que son arrière-petite-fille Marianne ne puisse jamais éprouver ce même bonheur. Me semble qu’elle s’en donnerait à cœur joie dans les carottes!
Papa ne sautait jamais un repas, c’était sacré. Je crois même qu’il mangeait six fois par jour, minimum! Au début d’un repas, ça lui arrivait à l’occasion de nous réciter une petite prière de son cru... « Seigneur, merci pour ce bon repas et faites que l’autre ne tarde pas ». Je vous l’avais bien dit, notre père, c’était tout un numéro!
Papa était Chevalier de Colomb depuis plus de 60 ans maintenant. Les Chevaliers, c’était une grande famille pour lui. Il aimait beaucoup s’impliquer bénévolement, entre autres dans la vente des pains partagés le Vendredi-Saint, la Guignolée et la distribution des paniers de Noël aux familles.
Nous garderons de notre père le souvenir d’un homme bon, aimable, plaisant et généreux avec tout le monde. Il avait toujours une p’tite ‘joke’ personnelle pour chacun et il aimait beaucoup agacer gentiment tout le monde. Il était un méchant pince-sans-rire. Par exemple, il demandait de temps à autre à ses frères Chevaliers, responsables de la Guignolée, « quand est-ce qu’il aurait enfin lui aussi son panier de Noël »! Même jusqu’à ses tout derniers jours, il faisait encore des farces avec les membres du personnel du centre d’hébergement. Ils aimaient bien notre père et ils nous le disaient souvent. Nous tenons d’ailleurs à remercier grandement tout le personnel pour leur dévouement et les bons soins prodigués à notre père.
Cher papa, c’est à ton tour de te laisser parler d’amour. Comme te l’a dit Denis, quand nous t’avons quitté pour la dernière fois le 17 septembre au matin…


